• 05 JAN 15

    L’université Mohammed VI des sciences de la santé, qui accueille cette année sa première promotion, apporte un début d’expérimentation historique. C’est un événement et pas seulement pour le petit cercle des études de médecine.  Pour en cerner les enjeux, il faut ratisser large, au-delà des questions techniques et pédagogiques.

    Les études en médecine sont restées pendant des années l’un des derniers bastions à résister au changement, perpétuant un fonctionnement rigide et immuable.  Les pouvoirs publics ont jusque-là fermé les yeux sur cette exception. Ici, tout se passe comme si les autres préoccupations de l’enseignement supérieur, forcé de se réformer, d’ouvrir des brèches au privé, s’arrêtaient aux portes des facs de médecine. Forcément, dans ces conditions, le cahier des charges de la nouvelle université peut paraître déstabilisant pour le système existant. Le corporatisme a d’ailleurs tenté de surfer sur la peur du changement pour pousser aux grèves hospitalières de l’année dernière.

    Là où la régulation de l’offre de soins s’est appuyée pendant longtemps sur le numérus clausus,  un vrai gâchis, gros fournisseur de déperdition scolaire chez des étudiants retenus pourtant après une rude sélection, la nouvelle université propose plutôt un fonctionnement LMD, une logique de passerelle, une vision pluridisciplinaire, des ambitions pour la recherche.  Ce qui renforce les chances d’insertion à  chaque étape des études. L’Université des sciences de la santé introduit donc un nouvel état d’esprit, une nouvelle approche. Espérons que ce souffle puisse contaminer rapidement l’ensemble de l’écosystème. Sur ce plan, cette émulation ne peut être que bénéfique pour les  facs de médecine existantes. A condition que celles-ci, ayant bien intercepté les enjeux, s’en inspirent dans une logique de performance et d’efficience.
    Mohamed BENABID

    Source : leconomiste.com